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du 26/04/2012 au 05/05/2012

L’Oeil de Boeuf invite Vaisseau Fantôme Galerie

avec Samuel Biscuit, Frédéric Houvert, Karolina Kazmierska, Adèle Occuly, Anne Pitoux, Flöde av Pkim, Anne Renaud, David Rossi & Nan Wang avec Quentin Maussang, Arnaud Sabard

CHAR A LALA.  David Rossi travaille le réel au travers de ses images. Ce qu’il retient des choses du réel (immeuble, bâtiment désaffecté, structure urbaine, industrielle, etc.), ce ne sont que leurs formes et le rapport qu’entretiennent ces formes avec l’objet lui-même. Ce qu’il crée alors n’est autre que l’image d’un réel débarrassé de toute sa réalité (les choses n’ont plus de fonction, plus de fin en soi). Et même si les créations de David Rossi pourraient être qualifiées de structures sculpturales, elles n’en sont pas moins des images de réel par leur pouvoir d’extraction et de retranscription de l’apparence des choses qui hors de leur existence persistent dans la présence qui émane de cette superficialité formelle.

La pratique de Wang Nan interroge les rapports que nous entretenons à la réalité en jouant sur la facticité des images et les rôles qu’elles peuvent jouer dans la construction de cette réalité. La maquette est aujourd’hui au centre de cette pratique qui met en scène des mondes miniaturisés mais qui se pose comme des doublures de réalité. Il s’amuse à induire le doute chez le spectateur en introduisant l’image vidéo qui amène une distance entre sa propre réalité, la réalité de la maquette et celle de l’image de la maquette.

Char à Lala est donc la rencontre de ces deux pratiques fort différentes et qui pourtant se retrouvent dans une démarche commune. Car finalement toutes deux travaillent sur une image indice de réel, soit en tant que lieu d’inspiration, soit en tant que sujet d’hésitation.

Mais qu’est-ce que Char à Lala ? Quel est cet objet qui s’impose à nous par sa présence massive et qui occupe la place centrale de la pièce ? Lorsque nous arrivons dans la salle, nous nous retrouvons face à une sorte de structure de bois, peinte en noir. Sur une extrémité, des caissons noirs s’empilent sur des étagères maintenues par des baguettes fixées à l’oblique. À l’opposé, c’est un panneau noir qui sert de fond opaque et qui ferme la structure. Dans son coin droit, un écran diffuse l’image fixe d’un intérieur en noir et blanc. Les côtés latéraux sont ouverts sur une planche de bois découpée comme pour former une obole. Tous les contours sont soulignés d’un vert éclatant et presque fluorescent.  A l’intérieur de la structure, des volumes rectangulaires tournent sur eux-mêmes, éclairés par trois spots lumineux et bercés par une musique de Quentin Maussang qui se répète en boucle. L’ensemble lourd et pesant semble, à certains moments, comme déstabilisé. Paradoxalement, cette instabilité due au caractère artisanal fait de brique et de broque, apporte à la structure- sculpture une certaine fragilité et légèreté. Char à Lala est un travail complexe fait de la rencontre d’objet et d’idées hétéroclites. À l’image d’une production surréaliste, ce qui fait l’œuvre est la rencontre de ces choses diverses et c’est en cela que réside toute sa complexité. Ce qui suit, ne visera donc pas à éclairer le spectateur sur la réalité de l’œuvre (qui au final importe peu) mais à tenter d’en donner une approche personnelle qui pourra y ajouter une nouvelle dimension.

Char à Lala est un char. Un char de carnaval, un char de défilé. En tant que tel, il transporte tout un ensemble de choses qui participent à la fête. Il est fait pour être déplacé et se parader dans la rue face à un public émerveillé. Mais ce char – là  est enfermé dans une toute petite salle à peine assez grande pour l’accueillir. Les choses qu’il transporte ne sont ni de véritables objets, ni des personnes. Les trois volumes blancs qui tournent sur eux-mêmes dans un mouvement infini, semblent également prisonniers de cette condition qui les cloue au socle. Ce socle qui les figent et les rend mouvant tout à la fois… Le salon bourgeois apparaissant sur l’écran miniature est-il lui aussi embarqué sur le vaisseau festif ? A croire son immobilisme et le silence omniprésent qui pèsent dans l’image, le temps aurait disparu de cette réalité. Disparu ou plutôt arrêté net ? Parce que ce caractère figé de l’image, donne au temps une dimension éternelle. Le temps qui se fige, ne s’écoule plus et jouit de l’éternité infinie dans cette mise en suspension. Or en se rapprochant de l’écran, nous apercevons un fruit sur une nature morte qui tourne. Il tourne en continu, comme les volumes blancs flashés de lumière. Il tourne comme la musique qui rejoue inlassablement la même composition. Il tourne comme notre esprit promenant en compagnie du char qui le transporte à son tour dans l’imaginaire de la fête. Nous sommes alors baladés dans le défilé bruyant d’une foule hurlante et extravagante. Nous bougeons au sein d’un groupe d’initiés au milieu d’un technival sauvage où l’obscurité nocturne épouse les rites tribaux des sociétés contemporaines. Puis nous revenons à la salle d’exposition : nous nous replaçons face à cette imposante forme noire qui s’accapare l’espace et le réduit comme accessoire. Car c’est comme si l’espace de la pièce n’avait plus la possibilité de faire acte de présence. Il est diminué, amoindri, configuré et déterminé par la structure – sculpture, par le Char à Lala qui le domine et l’assujetti au rang de serviteur. L’espace n’existe que pour servir à la présence du Char à Lala qui trône en majesté comme un temple miniature.

Et c’est bien là la dernière surprise que révèle cet ensemble complexe et mystérieux. Nous pourrions voir dans cette présence troublante et fascinante, une sorte de solennité apparaissante qui plonge le spectateur non pas dans un recueillement religieux mais qui l’emporte avec lui dans un élan de sacralité. Le Char à Lala devient un objet voué au culte du réel : chacun de ses volumes immaculés est un autel tournoyant ; la musique cyclique est un psaume répété à l’infini ; le petit écran est l’illumination d’un ailleurs qui semble appartenir à un au-delà du monde.

Avec ce Char à Lala, nous entrons dans le jeu de l’art qui nous ouvre les portes pour accéder au réel. Nous assistons ainsi à la manifestation sensible du réel qui est fêté et célébré par une pratique où l’art de faire renvoie à faire de l’art.

Aurélie Martinaud.

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