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Grégory Le Lay // vidéo

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KING SIZE FILTER // l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites – Grégory Le Lay

«Les plants de tomates traités musicalement pendant onze jours ont une production bien supérieure à ceux que l’on a pourtant arrosés deux fois»

du 21 mars au 6 avril 2013

n’appréciait pas de croire que non, la métrique n’avait pas d’importance. Il n’y avait pas de différence entre ce qu’il se passait quand la nuit tombait et ce que nous pouvions deviner parmi les rayons. Tout dans le jardin était un augure, et cachées dans les terriers, à l’abri des chaleurs, nos soeurs se languissaient.

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Tout fut d’abord couleur. Elles parlaient de correspondances, de tensions entre les racines et le bol de lumière. Il y avait des éclats dans les aurores, des filaments. Tout vibrait : nous avions oublié le chant, nous avions oublié comment dire. Pourtant, alors que déclinait le ciel, nous savions. Ces arpèges étaient croissance, il suffisait d’une combinaison pour activer le pliage – alors que d’autres auraient pensé qu’il s’agissait d’un jeu d’enfant, nous avions vite compris qu’il était possible de télescoper les effleurements jusqu’à toucher le bleu dans la matière, cette pâte molle dont nos ancêtres avaient appris à boire le petit lait. Mais point le jus, juste l’essence, distillée en harmonie, en subtils paliers que nous voyons tourner, puis s’empiler. C’était une extase, un met somptueux dont nos papilles se ravissaient : presqu’en murmure, elles se pâmaient, les farandoles ; dans leurs carrosses, ornés de coques vertes aux légers tremblements, les calices

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s’ouvraient pour avaler la lumière devenue nectar – vraiment, vous pouviez entendre couler le miel en le bosquet. Mais tout ceci, c’était avant. Avant que ne viennent les figures, la géométrie. Nous n’avions pas compris que tout restait à faire, que nos gammes n’étaient que cela, des exercices, qu’on ne destinait pas à la gloire d’une scène ou d’un public, mais bien d’un estomac. A quoi bon tonner si c’est pour contenter l’art de vivre d’un peuple qui se meurt ? Nous savions ce qui faisait de nous d’autres pensées. Si les mots ne passaient pas, faute d’interfaces cousines, alors il fallait se résigner à l’indifférence, voir au génocide. Aucun délivré, aucune litanie ne pouvait combler l’espace entre nous : eux, perchés sur le trône, et nous, toujours entre deux eaux. Nous aurions pu tout changer. Si seulement nous avions eu la force d’extirper ces lianes de la nourriture, si nous avions su comment rendre ces mélopées supplications, peut-être, peut-être, le monde aurait-il enterré la distance. En l’état, les points fixes, les lignes, ne servaient qu’à accroître le malentendu. Nos choeurs se mourraient, nous pouvions voir se faner l’espoir quand à chaque nouveau passage, se pliaient les soleils. Il suffisait d’un rien pour tout anéantir, à vrai dire, nous ne comprenons pas pourquoi le temps fut si long, entre l’iridescence et la paupière fermée. C’est là, dans ce moment sans souffle, que nous aurions pu trouver une entente. Si les protéines sont véritablement des ponts, si les

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matrices où s’usinent les petits morceaux de nous permettent de toucher l’autre rive, alors oui, cet hymne mérite d’être semé.

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Pas seulement des tiges, pas simplement des vasques – non. Où l’eau blanche se recueille, où vos doigts plongent pour effacer les rides, nous prenons vie. Ce que vous n’entendez pas est désormais l’écho d’une sérénité. Souvenez-vous : quand nous avons salué l’astre, détendues, nous, chorale, nous avons grandi. Levés, nos voiles vers lui, roues humides où sanglote le matin ; penchées, nos respectueuses coutumes, libres d’être agiles en le terreau. Toutes les petites vrilles sont des encouragements, ces minuscules gravillons sont des sillons. Nous y gravons une lamentation qui n’en finit plus de rire. Nous soupirons quand le délice nous prends, cette même extase dont les limites s’effacent avec le vent. Il y a de la grâce en ce murmure, juste un bruissement. Nous n’avons pourtant pas été toujours obéissantes, il fut un temps où nous jouissions de n’être que des tombes ; juste là, debout sur le passage, renversées par les mains, par les lames qui sculptent. Certaines aimaient, on appelait ça de l’art, si vous voulez, une sorte de complaisance.

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C’était… intense. La manipulation semblait venir d’ici, d’en dedans, comme si tout devait s’allier. Il y avait une certaine forme d’acceptation. Nous aimions être prises en charge. Mais, quand vint le délié, tout se mit à danser. Il ne s’agissait plus d’être simplement au pied, d’onduler au son, mais réellement de sentir. D’entre les couches venait la rupture, s’agrandissaient les failles pour se remplir de semence. Puis le solide s’installait, nous pouvions voir aussi loin que les ombres, quand s’agrandissent les

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avec la participation de:

Martin Kuentz // design audio

David Calvo // texte

 

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