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OUTCHEA

Nous voilà donc dans une cabine spatio-temporelle, emportés par les
récits de Marie CIUFFI, récits visuels d’un voyage rituel. “Freedom
point” se trouve être le point de fuite de cette installation, comme
une invocation, une promesse, un aveu. Elle a pris le soin de vous installer
un fauteuil, pour que vous puissiez, à votre guise, invoquer des
souvenirs émus. Elle nous y dépeint des êtres Humains transfigurés par
les images, jeunesse empreinte de pop culture, conquérants de la gloire,
dépenseurs de richesses à venir, créateurs d’identitées perdues. C’est
dans des souterrains dorés qu’elle a capté cette faune sur des pellicules
usées. Sur des pellicules qu’elle avait laissées fermenter à dessein.
Dessins dont vous pouvez vous saoûler parmi ces murs. ”You always make it
seem like now” aurait pu être l’intitulé de cette oeuvre, c’est la conclusion
d’une discussion par texto, véritable roman épistolaire contemporain.
C’est un échange entre une jeune étrangère et un Americain deuxième
génération. Lui cherchant à rêver son avenir, et elle à projeter son
présent.Marie vous invite dans ce “Horla”, dans ce carnet de photographe,
de voyageuse. Marie est le capitaine de bord de ces photos sulfureuses,
de ces drapeaux flottants au loin. C’est ici-même que se situe l’histoire
de Marie, de ce bus magique aux fenêtres potentielles, portées vers un
lointain présent.

Grégory PIRUS

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Le travail de Marie Ciuffi interroge les nouveaux statuts de l’image, notre capacité à les lire, et leur impact sur nos affects.
Les images apparaissent aujourd’hui quasi-simultanément sur de multiples plateformes et affichent différents types de comportements selon les contextes.
L’acte de regarder, la vision contemporaine n’est plus qu’un vaste carambolage de différents modes de perception.
Enfant d’immigrés, elle est également sensible au ressenti des êtres déracinés, marqués par ce sentiment de perte, cette impression de ne pas être à leur place qui les pousse à une recherche d’identité permanente.
Ce manque, elle le comble d’images photographiques, reconstituant un territoire imaginaire.
Elle élabore des cartographies intimes des villes qu’elle visite, s’immergeant toute entière, faisant naitre des histoires qui ancrent son identité dans la réalité d’un lieu qu’elle découvre.
Dans ses images, pas ou peu de repères géographiques ou temporels, cependant grâce au procédé de développement argentique, la trace du temps est visible, tel un voile qui ancre résolument les facettes de son univers dans le passé.

En Avril 2015, elle passe un mois à Brooklyn, ayant dans l’idée de dresser un constat du statut de l’image dans cette ville-cliché, où tout a déjà été photographié et où l’image est omniprésente.
Ici, pas question de décontextualiser, chaque lieu, chaque coin de rue est marqué par une iconographie présente dans l’imaginaire collectif de chacun.

Au cours de son processus d’immersion elle s’est naturellement rapprochée de personnes en marge de la société, immigrés latinos-américains et afro-américains, étrangers dans leur propre pays, en quête d’identité, de gloire et de richesse.
Ces personnes vivent dans une représentation permanente, entourés de décors de cinéma et de publicités, détachés de leur propre réalité.
Pour eux, l’image est d’abord un rempart contre la misère, une possibilité d’accéder à cet ailleurs rêvé que leur martèlent les écrans qui inondent Brooklyn d’informations, véritable pornographie visuelle.
Marie Ciuffi a transfiguré ces personnages par l’image, en leur offrant la substance iconique de leurs fantasmes.
Elle a choisi de nous rendre spectateurs de cette romance contemporaine en nous faisant prendre place dans une installation photographique immersive.

OUTCHEA, en langage de rue, veut dire «out here», «s’en sortir», «se casser d’ici». Ce mot sonne comme une invocation, la promesse d’une réussite sociale, d’un ailleurs rêvé.
La photographe a décidé de recréer cet environnement saturé d’images multiformes, et de brouiller les perceptions.
Elle nous invite à voyager dans une autre réalité, dont le point de fuite est le sommet de la Freedom Tower, symbole de liberté, d’espoir et de richesse.

Marie Ciuffi en appelle à notre capacité à nous projeter et à nous laisser aller dans tous les possibles narratifs de l’image en nous dévoilant pleinement les sentiments qu’elle a éprouvés face à ce rapport exacerbé à l’image.
Elle nous rappelle ainsi que ce que nous percevons du réel est souvent très incomplet.

recto-flyer-outchea

 

 

 

 

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